Le GIEC nous interpelle !

Rédigé par ESA
Choisir l'ESA - 29 octobre 2021

À l’occasion de la COP 26, les étudiants ingénieurs de 5ᵉ année en spécialisation Transition Environnementale et Durabilité (TED) vous proposent une synthèse bienvenue 😊 des 6 000 pages du 1er volet du 6ᵉ rapport du GIEC, paru le 9 août 2021.

Cet été, le GIEC* a publié le premier volet de son 6e rapport d’évaluation avec l’objectif notamment d’apporter aux décideurs politiques une évaluation de la situation climatique actuelle et à venir du changement climatique afin que ces derniers puissent prendre des décisions en toute connaissance de cause, notamment à l’occasion de la COP26 (Glasgow, 1 au 12 novembre 2021).

Que peut-on retenir de ce premier volet ?

Ce premier volet confirme avant tout l’impact des activités humaines sur le changement climatique : le climat se réchauffe rapidement et ce à un rythme sans précédent.

Le changement climatique est généralisé : dans toutes les régions du monde, il est possible d’observer de nombreux phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes. Ceux-ci sont plus intenses et plus fréquents. La température mondiale moyenne est aujourd’hui supérieure de 1,1 °C par rapport à celle de l’ère industrielle. Les émissions actuelles nous placent sur une trajectoire de +2,7°C d’ici la fin du siècle. Ainsi, à moins d’une réduction forte et immédiate des émissions de gaz à effet de serre, limiter le réchauffement à +1,5°C sera bientôt hors de portée. De nombreuses observations renforcent la part de responsabilité des activités humaines au dérèglement climatique :
– La concentration en CO2 dans l’atmosphère a atteint un niveau inégalé depuis plus de 2 millions d’années.
– Les quatre dernières décennies ont été plus chaudes que n’importe quelle décennie qui les aurait précédées.
– La fréquence des évènements de chaleur extrême a doublé depuis les années 1980.
– Le niveau de la mer a augmenté plus rapidement depuis 1900 que pendant n’importe quel siècle et ce depuis plus de 3000 ans.

Remarquons que l’année 2021 n’a pas été épargnée : un été rythmé par des inondations, des incendies et des températures extrêmes (dôme de chaleur) dans diverses parties du globe (Allemagne, Belgique, Turquie, Grèce, Etats-Unis).

Source: Climate Change 2021, The Physical Science Basis Summary for Policymakers 

 

Pour le secteur agricole, ces dérèglements climatiques ne sont pas sans risques. En dehors de la destruction des cultures, ou de moindres rendements, les sécheresses agricoles posent la question des approvisionnements en eau et plus largement celle de la sécurité alimentaire.

Les scientifiques du GIEC sont unanimes : ces phénomènes climatiques vont s’aggraver tant en intensité qu’en fréquence : Pour un réchauffement de +1,5°C, les vagues de chaleur seront plus nombreuses, les saisons chaudes plus longues, et les saisons froides plus courtes. A +2°C, les chaleurs extrêmes atteindront des seuils de tolérance critiques pour la santé publique et l’agriculture. Au-dessus de +2°C, émerge enfin des craintes autour de points de rupture (perturbation des grands courants océaniques, fonte du pergélisol, …) dont les scientifiques ne mesurent pas encore tout à fait, les impacts probables.

 

La construction de 5 scenarii pour nous projeter dans le siècle à venir

Le GIEC a élaboré plusieurs scenarii, basés sur la mobilisation de la société humaine à limiter ses émissions de gaz à effet de serre.

Source: Climate Change 2021, The Physical Science Basis Summary for Policymakers

 

Sur cette base, et partant du principe que la cause première du dérèglement climatique est l’émission de GES, 5 scenarii permettent de simuler l’évolution de leur concentration. Appelés SSP (Shared Socio-economic Pathways, ou « Trajectoires socio-économiques partagées »). Ces derniers reflètent diverses possibilités d’évolutions futures en termes de population, de développement économique et technologique et de politiques environnementales.

 

Que peut-on retenir de ces scénarii ?

L’effet de serre additionnel lié à l’augmentation des GES induit une augmentation de la température de l’air, mais également des océans. Un air plus chaud favorise l’évaporation et donc potentiellement des chutes de pluies plus intenses et plus violentes sur certaines régions. Une augmentation de la température moyenne favorise la fonte des glaces, de la banquise et des glaciers, se traduisant par la montée de l’eau, aggravant les phénomènes d’érosion sur les côtes et modifiant les débits des grands fleuves. L’absorption par les océans de CO2 entraîne une plus grande acidification des eaux pénalisant ainsi une partie de la biodiversité marine dont les coraux.

Tous ces phénomènes impactent déjà notre quotidien et ce n’est qu’un début. En considérant le scénario SSP1-1,9, scénario le plus optimiste, les changements climatiques précédemment cités sont dorénavant identifiés comme irréversibles à l’échelle d’une vie humaine. Plus globalement, le réchauffement déjà amorcé sera réel pendant des siècles, voire des millénaires.

Les scientifiques du GIEC se sont également penchés sur l’évaluation des risques et les adaptations régionales face au dérèglement climatique. Les conséquences seront très inégales à l’échelle du globe. Les évènements extrêmes seront soit supérieurs à la moyenne (ils seront amplifiés), soit légèrement atténués, mais toutes les régions seront impactées à des degrés divers. Ces changements seront bien sûr plus conséquents si l’augmentation de la température globale atteint + 2 °C comparativement à +1,5 °C, plus violent encore avec des scénarii de réchauffement plus importants.

 

Des agricultures qui seront fortement impactées et qui devront se réinventer !

Ce premier volet de ce 6e rapport du GIEC n’explore pas de façon spécifique nos agricultures. Néanmoins, les changements climatiques observés et à venir vont avoir des impacts sévères sur les agricultures, et ce, d’une façon généralisée à l’ensemble des continents. La disponibilité, l’accès, l’utilisation et la stabilité des ressources (eau, …) sont menacés. Le rapport souligne que les pays dont les revenus sont aujourd’hui les plus faibles seront également les plus exposés aux risques. Si un nombre limité de régions bénéficiera d’une amélioration des rendements agricoles ou d’un accès à de nouvelles cultures (la vigne en Bretagne ou au Royaume-Uni), le secteur agricole dans sa globalité va souffrir d’une baisse des rendements et devoir affronter des évènements climatiques sévères. Ces perturbations seront à l’origine d’une insécurité alimentaire grandissante qui se traduira par l’émergence de conflits, poussant d’importantes populations à migrer vers les régions urbaines ou côtières.

En France, certaines productions devront laisser la place à d’autres plus adaptées. Chacun pense ainsi au maïs, dont le talon d’Achille est sa gourmandise hydrique. Les viticulteurs s’inquiètent déjà de raisins trop riches en sucre et donc de vins trop alcoolisés… Les changements seront sans doute beaucoup plus profonds qu’un simple changement de production ou de cépage. L’agriculture devra s’adapter pour poursuivre ses missions d’alimentation, mais devra en parallèle veiller à réduire son impact sur le changement climatique. Le secteur agricole est ainsi responsable d’environ 10 % des émissions de GES en Europe (Cirad, 2020). Le sixième rapport du GIEC insiste sur le méthane, gaz au pouvoir très réchauffant, émis par la production de combustions fossiles et les activités agricoles, parmi lesquelles est souvent cité l’élevage. Quant à la fertilisation azotée, on lui reproche (en dehors des nitrates et de la pollution de l’eau associée) des émissions de protoxyde d’azote (N20), un autre gaz à effet de serre redoutable.

Tout n’est pas sombre car l’agriculture peut se poser également comme étant une partie de la solution … et c’est donc aussi ce qui en fait sa force. De nombreux leviers permettent de réduire l’impact de ce secteur clé et de participer à l’objectif de la neutralité carbone en 2050 pour l’ensemble de la société. Ce dernier peut s’appuyer sur les perspectives offertes par l’agroécologie et l’agroforesterie, et la capacité des sols agricoles à stocker de grandes quantités de carbone.

Pour aller plus loin encore… Si l’agriculture produit aujourd’hui autant d’énergie renouvelable qu’elle ne consomme d’énergie fossile, elle peut être en mesure de se poser comme notre fournisseur d’énergie non carbonée. Les outils sont nombreux (méthanisation, photovoltaïque, éolien, biomasse, hydrogène vert, …) et le potentiel considérable. L’agriculture de demain ne sera pas qu’une agriculture de production, mais une agriculture de services pour l’ensemble de la société…

 

Qu’en conclure ?

Nous pouvons encore éviter le pire ! « Chaque demi-degré compte, chaque année compte, chaque choix compte. Si chacun n’agit pas, c’est tout le monde qui perd. » alertait Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du GIEC (Le Monde, 2019). Nos choix d’aujourd’hui auront donc des conséquences sur les prochaines années à venir.

 

Merci aux étudiants du DA Transition Environnementale et Durabilité d’avoir répondu présent lorsque je leur ai demandé d’explorer ce copieux 6ème rapport du GIEC. Un grand merci aussi pour leur motivation et leur envie de changement.

Enfin, je ne peux oublier la mission que nous avons, celle d’accompagner ces étudiants qui demain seront les acteurs d’un monde en changement, les acteurs d’une agriculture qui sera sans aucun doute différente de celle que nous connaissons aujourd’hui.

Article co-écrit par les étudiants du DA TED(A.Boulc’h, M.Chevalier, L.Deslandes, L.Ferrier,C.Merillon,B.Messiez-Poche,M.Mireur,C.Naciri Farid, E.Valat) et D.Croissant.

 

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Le saviez-vous ?

L’ADEME et la Chambre d’Agriculture du Maine-et-Loire estiment qu’1 km de haie est en mesure de stocker 2 tonnes de CO2 par an. Chacun de nous produit en moyenne 11teq CO2. J’ai l’habitude de dire que planter des arbres ne suffira pas… Qu’importe plantez !

*C’est quoi le GIEC exactement ?

Le GIEC est le Groupement d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat. Il a été créé en 1988 par l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) et le programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Le GIEC comporte 195 pays membres. Ce groupement a pour objectif de « fournir aux responsables politiques des évaluations détaillées de l’état des connaissances scientifiques, techniques et socio-économiques sur les changements climatiques, leurs causes, leurs répercussions potentielles et les stratégies de parade ». Ces évaluations sont éditées sous forme de rapport. Cinq rapports du GIEC ont été entièrement publiés (1990, 1997, 2001, 2007 et 2014). Le 9 août 2021 a donc été communiqué le 1er volet du sixième rapport, les volets suivants étant prévus pour septembre 2022.

 

Source: Climate Change 2021, The Physical Science Basis Summary for Policymakers

ESA
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